CE1 — Le jour où tout a commencé
J’étais à l’EPP Ankadifotsy 1. Un petit garçon tranquille, un peu timide, un peu rêveur. Et puis elle est arrivée. Elle s’appelait Manda. Pour moi… c’était magique.
Un jour, elle avait du mal avec les maths. Moi aussi d’ailleurs… mais elle m’a demandé de lui expliquer. Résultat : elle a eu 10/10. Moi… 5/10. La honte !
Mais ce jour-là a changé ma vie : j’ai décidé d’apprendre les mathématiques pour de vrai.
Comme quoi, l’amour, même à 8 ans, ça peut créer des miracles.

Je ne jouais presque jamais avec les garçons. J’adorais jouer à la marelle avec les filles. Elles me donnaient toujours des goûters… Moi je n’avais rien à offrir… à part un peu de maths.
Manda avait cette beauté douce. Un mélange de malice et de gentillesse. Pas seulement jolie… Elle avait un cœur en or.
Adolescence– Les premiers pas d’Alix
Dimanche… un petit voyage dans le passé.
À chaque fois que je retourne dans mes souvenirs, je vois ce petit garçon qui marchait 45 minutes à pied chaque matin pour aller à l’école Kolejy Technique Rainandriamampanjy, le fameux KTR d’Ankadifotsy.
Un petit garçon simple, déterminé, qui ne savait pas encore que chaque pas était en train de construire son avenir.
La difficulté ne détruit pas… Elle prépare. Elle forme. Elle forge.

Avant KTR, j’ai même fait 1h30 à 2h de marche par jour pour aller au collège de Nanisana. Tu pars tôt le matin… tu rentres tard… et tu sais qu’à la maison, tu vas peut-être t’endormir le ventre vide.
Mais à 15 ans, dans cette école privée KTR, j’ai fait un vœu qui n’a jamais quitté mon cœur :
- sortir de la misère
- devenir indépendant
- aider les jeunes malgaches et les autres à sortir de la pauvreté
- trouver ma vocation
- me construire en tant qu’homme
À 16 ans… le jour où tout aurait pu s’arrêter
À KTR, les frais d’inscription étaient hors de portée pour ma famille. Quand mon proche est parti vivre à l’étranger, tout s’est écroulé. Je me retrouvais seul, incapable même de cuisiner.
Heureusement, à KTR, il y avait des professeurs et un directeur qui écoutaient vraiment. Ils ne m’ont pas offert la gratuité. Ils m’ont offert une opportunité.
J’ai commencé à préparer des nems tôt le matin, que je vendais dans la salle des professeurs. Ces nems m’ont permis de financer mes études jusqu’au baccalauréat.
Ils ne m’ont pas offert la gratuité. Ils m’ont offert la dignité.
