À Madagascar, j’étais entouré. Je dirigeais un centre avec 75 enfants. Je jouais le rôle de père, de directeur, de grand frère. J’avais une maison, du respect, des responsabilités, une équipe. Même si ce n’était pas facile, j’étais chez moi. J’avais ma place.
La nouvelle qui change tout
Pendant que je gérais les enfants, les fêtes, les problèmes du centre, ma femme, elle, était en France. Enceinte. Et là, j’ai compris une chose simple : je ne pouvais pas laisser ma fille naître sans son père.
Le départ : un choix d’amour
Alors j’ai fait ma valise. Mais venir en France n’était pas un cadeau.
Pour obtenir le visa, il a fallu :
- Payer une école (6 000 €)
- Payer les frais de scolarité de ma femme
- Verser la moitié avant même d’avoir le visa
- Trouver un garant
- Trouver un logement
- Acheter un billet d’avion
Tout cela depuis Madagascar, où notre monnaie ne vaut presque rien face à l’euro.
Mais j’ai foncé. Par amour. Par responsabilité.

L’arrivée en France : la réalité
2017. Je pensais connaître la France.
Mais quand tu arrives sans maison, sans travail stable, avec un bébé en route, le rêve devient un combat.
Nous avons vécu chez des gens. Dormi sur des canapés.
Pas de chez-nous. Pas de stabilité.
Notre premier appartement
En novembre 2017, on trouve enfin un petit deux-pièces.
Un toit à nous.
Mais une maison vide.
Pas de lit. Pas de meubles.
Alors, comme beaucoup, on récupère des meubles dans la rue.
Nos familles ne savaient rien. Elles voyaient seulement les photos bien habillés.
Mais derrière chaque photo, il y avait une bataille.

Les files d’attente pour manger
Loyer, frais de scolarité, bébé qui arrive, pas de travail stable.
Alors oui, j’ai connu les Restos du Cœur, Action contre la faim, les files d’attente dans le froid pour un panier alimentaire.
Le matin, tu fais la queue pour nourrir ta famille.
L’après-midi, tu vas en cours.
Le soir, tu cherches des petits boulots.
Tu es le père. Alors tu avances. Sans te plaindre.
On montre de belles photos…
On cache les larmes.
Recommencer de zéro
Ancien directeur, producteur, chanteur…
En France, j’ai recommencé de zéro.
- Cours de français
- Cours de maths
- Cours d’informatique
- Petits boulots
- Animation
- Tout ce qui se présentait
Parce qu’un homme qui aime ne calcule jamais ce qu’il perd.
Il protège ce qu’il aime.
La carte bancaire rouge
Chaque fin de mois était une bataille.
La carte bleue devenait rouge.
On avait des dettes. On avait peur.
Mais on avançait. Ensemble.
Même la famille à Madagascar demandait de l’aide.
Et on envoyait quand même.
Parce qu’on ne voulait pas qu’ils voient nos difficultés.
La naissance de ma princesse
Le jour où ma fille est née, tout a disparu :
la fatigue, le froid, la faim, la peur, les dettes, le stress.
Un enfant, c’est la guérison d’un homme.
C’est sa force, sa lumière, son courage.
Ce jour-là, Dieu m’a donné une deuxième vie.

De la survie à une vision
La France m’a appris l’organisation, la planification, la rigueur.
C’est pendant mon second Master 2 qu’une idée est née :
créer mon propre centre de formation : E-Petitpas.
La France m’a cassé.
Mais elle m’a aussi donné une vision, un projet, une mission.
Ce que je veux que tu retiennes
Rien ne m’a été donné.
Chaque victoire, je l’ai payée avec mes larmes.
Mais je suis encore là.
Je marche. Je tombe. Je me relève. Et je marche encore. Petit pas par petit pas.
Merci de marcher avec moi
Si tu lis ces lignes,
si tu t’es reconnu quelque part,
si tu as déjà recommencé à zéro dans un pays qui n’est pas le tien,
sache une chose : tu n’es pas seul.